Un chef cuisinier n’ a rien à envier à un chef d’entreprise


19 Sep. 2012

Cuisinier demande aussi un travail intellectuel
Le chef cuisinier fait aussi des recherches pour confectionner de nouveaux menus

Parfois méprisé, le métier de chef cuisinier un métier très noble. Kouadio Maxime du fond de sa cuisine où se cache son modeste bureau, il ne vous dira pas le contraire .Depuis plus de 10 ans, il travaille comme  cuisinier dans le prestigieux Hôtel Président de Yamoussoukro. Dans cet entretien notre  chef adjoint de la cuisine nous révèle que le chef cuisinier n’a rien à envier à tous les autres travailleurs.

Au cours d’un entretien il s’est ouvert au blog de Jackouao pour le bonheur des lecteurs.

Bonjour chef. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour , je me nomme  Kouadio Maxime à l’état civil . Je suis hôtelier de profession et cela depuis 13 treize ans. J’ai commencé par la plonge ici à l’Hôtel Président de Yamoussoukro.

C’est tout de même dommage que certaines  personnes pensent que le métier de l’hôtellerie est pour ceux qui n’ont rien faire dans la vie. C’est un métier noble.  Savoir faire quelque chose de ces 10 doigts, c’est le plus important dans la vie. La cuisine comme les autres boulots est un boulot de recherche. De même que le médecin fait des recherches, nous faisons aussi des recherches pour cocoter de nouveaux mets à la satisfaction des clients.

Où aviez vous commencer votre le métier de cuisinier.

J’ai commencé par la plonge. Quand on parle ici de plonge, on parle de steward. Le steward est celui fiat l’entretien de notre lieu de travail (la cuisine) le matériel de service ,le conserve et faire le point de l’état du matériel de travail (ustensiles,couverts ect…).

J’ai debuté à l’Hôtel Président de Yamoussoukro et six années plus tard j’ai rendu ma démission.

Alors pourquoi aviez démissionné ?

Parce que je travaillais sans compétence requise. Il fallait que j’aille chercher cette compétence. Je me suis  donc rendu à Abidjan au lycée  hôtelier pour me former. Apres trois années, j’ai obtenu mon diplome. J’ai ensuite travaillé avec la Société Ivoirienne de Tourisme et d’Hôtellerie  (SITHO), groupe qui gère le NSAHOTEL, Mantchan et la restauration de l’Institut Raggi Anne-Marie  ( IRMA) de Grand-bassam.

 Aimez-vous réellement ce metier de cuisinier ?

Oui sincèrement je l’adore. Car dans la restauration, tout est comestible. Il faut simplement savoir  juste les transformer. C’est une fierté pour nous dire que nous sommes cuisinier. Regardez lorsque nous  sortons sur les marchés ou même parfois dans  certains ménages  nous remarquons beaucoup  de gaspillage au niveau des  condiments. En tant que cuisinier nous transformons souvent ce que vous trouvez inutile après votre préparation. C’est un véritable chef-d’œuvre de faire sortir un repas de notre garde-manger.

Cuisiner, c'est aussi un art
Veiller au grain sur tous les repas qui sortent de la cuisine.

Quelle sont les différentes difficultés aux quelles vous êtes   confrontées.

Les difficultés sont énormes.  L’état doit former de vrais cadres hôteliers. Car il ya une méconnaissance de ce secteur d’activité  de la part de ceux qui le gère. Quand nous posons nos difficultés, il est très difficile que nous obtenons gain de cause. Les autorités ou promoteurs de ce secteur ne regardent qu’aux efforts financiers  à effectuer. Mais nous, techniciens  et employés nous regardons l’intérêt et la portée de nos requêtes .Finalement  on se rend compte que les autorités et  nous ne regardions pas dans le même sens.

Si je comprends  bien vous êtes un partisan de la formation ?

Effectivement, car je le dis la cuisine dois revenir aux cuisiniers pour éviter de baigner dans l’improvisation. Il faut savoir que l’hôtellerie est différente de la restauration et cela beaucoup ne le savent. Seuls  des cadres  restaurateurs pourront  bien appréhender nos inquiétudes.

Votre regard sur les jeunes qui aujourd’hui veut embrasser ce métier.

Je dis simplement  bonne chance. Qu’ils sachent que ce n’est pas facile parce l’apprentissage  prend du temps. En plus il faut avoir l’amour véritable du métier de cuisinier. Si tu n’as en pas  la vocation, il est  possible que tu abandonnes en chemin.

La cuisine demande beaucoup de résistance comme un militaire en exercice. Nous savons à quelle heure monter au travail mais l’heure de descente reste inconnu. En cuisine, ce sont  08 heures de travail  qui ne sont jamais respectées. Alors il faut être prêt pour ce boulot.

Coté rémunération, chef Maxime est –til satisfait ?

 »Il sourit » .Bon…… je le dis toujours. Un chef de cuisine n’a rien à envier a un chef de service ou un directeur de société.

A vous entendre l’hôtellerie n’est donc pas un métier ingrat comme on le dit souvent ?

A un certain niveau de l’exercice de notre métier tu  peux sentir que cela est vrai. Mais quand vous allez atteindre une autre étape, vous verrez que tout ce  dont vous n’avez pas  pu avoir au bout 10, 15 ou même 20 ans de service, vous rattrapera cela dans les années qui suivent. C’est un métier qui prend le temps qu’il faut prendre avant d’enrichir celui qui le pratique.

Il est ingrat parce que vos supérieurs ou employeurs vous remettre toujours en cause malgré le nombre d’année de fonction. Les débriefing effectués après chaque service  ne sont pas fait pour vous applaudir. On peut perdre  facilement son boulot après 21 ans de service pour un simple acte manquer en cuisine. C’est pourquoi il faut être très attentif, beaucoup vigilant et bosser en étroite collaboration avec ses collègues.

Quel âge avez-vous

39 ans

Votre plus beau souvenir dans la cuisine ?

Une  promotion que j’ai obtenue après avoir réussi  l’organisation de la cérémonie de mariage de mon responsable. Cela m’a promu en tant que gérant  du groupe SITHO

Une déception

Je vous dirai que j’ai bien voulu continuer de servir à Grand-Bassan dans un grand complexe où j’étais responsable mais malheureusement…. »un petit silence ».

J’ai failli regretter le metier de cuisinier, en travaillant avec  les particuliers. En entreprise  publique ou  avec des chaines hôtelières internationales, ça peut aller. Mais les structures hôtelières  individuelles ou familiales c’est très difficile.Ils sont pour la plupart profanes du domaine et veulent à la fois tout diriger sans tenir compte de votre personnalité et de votre connaissance professionnelle.

Vous devez gérer leurs humeurs et vivre au rythme de leur poche. Coté salaire pas besoin de rêver. Faites vos enquêtes et vous verrez que je ne suis pas en train de vous mentir.

Les femmes chefs de cuisines  on n’en trouve pas beaucoup. Pourtant  de façon naturelle, la cuisine revient aux dames

C’est vrai. Il ya plus d’hommes « chef de cuisine » parce que c’est un métier de résistance. La batterie d’une cuisine est trop importante et très impressionnante ( grand four, feux, chambre froide ect…). A cela il faut ajouter la chaleur du feu et tout ce qui gravite autour. Franchement cela demande beaucoup de force.

En cuisine tout est comestible
Un plateau de fruit de mer concocté par chef Maxime

En outre c’est une raison lointaine mais  propre à notre réalité ici car  pour des problèmes de foyer on se marie  entre nous pour éviter des suspicions dans nos ménages. Comme  ça chacun sait l’heure à laquelle son conjoint rentre à la maison.Alors, confier la gestion de la cuisine à une femme devient  vraiment délicat.Une femme chef de cuisine ce n’est vraiment pas facile pour son ménage. Elle est  toujours entrain de préparer,soit au boulot, soit à la maison.

Un mot pour terminer notre entretien

Juste vous remercier pour cet entretien. Cela  me permet de nous faire connaitre un peu, nous cuisiniers. Les repas sortent de notre  ‘ »laboratoire’’, malheureusement on ne voit pas souvent  ceux qui les concoctent . C’est réel plaisir de savoir que certaines personnes ont un regard sur ce que nous faisons.

Merci à vous et bonne continuation….

 

 

 

.

 

categories Hotellerie

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *